Interview de Michelle Bienias dans VRmag.org

Version française


Denis Gliksman - installé depuis longtemps à la campagne, à 70 km de Paris, avec son studio Photo "La Grange Numérique" - a commencé assez jeune, dans les années 1975, sa carrière photographique, réalisant des photos dans le métro Parisien, voyageant en Ecosse et en Egypte, premiers pas vers le photo-journalisme. Il a eu la chance de travailler pendant un an avec Jeanloup Sieff, célèbre photographe de mode et ami de son père, un homme a qui il reconnaît devoir beaucoup.

Il a aussi travaillé comme photographe pour Apple France dans les années 90 ce qui la mis dans une position stratégique pour découvrir QuickTime VR et la "révolution du paysage du panorama" amorcée par les logiciels Panotools de Helmut Dersch par la suite.

Parmi ses réalisations récentes on trouve la visite de la Tour Eiffel et D-Day Spots, la visite virtuelle des lieux du débarquement, la visite virtuelle du Technocentre Renault et un important travail avec les sprites. C'est aussi un marin passionné qui a traversé 17 fois l'atlantique à la voile, le plus souvent en course.

Dans cette interview Gliksman discute de tout cela, parle de son opinion mitigé sur l'avenir du modèle économique de la production VR et de son envie passer plus de temps à travailler sur des sujets de fond et un peu moins en recherche technique. Vous pouvez en voirplus sur le travail de Denis Gliksman sur son site web:
http://www.la-grange-numerique.com

Can you tell us a little about your background; where you grew up, studied in school, how you first became interested in photography, where you live now, etc.?

J'ai grandi dans la banlieue puis dans la campagne à l'ouest de Paris.
J'ai fait des études courtes (Bac) je n'étais pas passionné par toutes les matières, mais il serait plus exact de dire que je n'étais pas convaincu de la façon dont elles étaient enseignées.
Jusqu'en terminale j'avais de nombreuses activités et passions, dans le désordre, musique, moto, rugby, karaté, voile, photo ... Il m'est soudain apparu que: 1/ j'en avait plus qu'assez de rester assis sur une chaise 8 heures par jour à écouter la bonne parole, 2/ je ne voyais pas la suite de mon existence "assise" non plus, 3/ il allait donc falloir choisir ... J'ai décidé que ce serait "la photo", j'ai revendu ma guitare basse et mon ampli, et je suis allé voir le proviseur du lycée en lui disant que je ne viendrai plus au cours, mais que je passerai mon bac en travaillant seul chez moi, ce que j'ai fait ...

You’ve had a long career in photography, beginning with photojournalism in the 1970s and later working as an illustrative photographer, can you tell us a little more about this period ?

Libéré des obligations scolaires j'ai commencé un reportage sur le Métro Parisien, et décidé d'un premier voyage en Ecosse en stop au mois de février (la date n'était pas la meilleure idée que nous ayons eu pour le camping sauvage qui était prévu) avec un copain photographe lui aussi.

Je payais mes films et mes papiers de tirage en faisant des photos de mes copains rugbyman, mais j'avais aussi découvert que les photographes "pro" rechignaient souvent à utiliser leur films périmés, et qu'il était donc souvent facile de les récupérer à vil prix, en général une cordiale poignée de main. Mes photos du Métro Parisien on ensuite été exposées dans le métro, quelques années plus tard, dans un vieux wagon qui leur était dédié, à l'occasion de la grande Expo-Photo-Métro (1978 ), un événement important.

Après le baccalauréat, j'ai ensuite travaillé 3 mois, dans un laboratoire photo et comme assistant photographe, pour financer un reportage en Egypte. Seul dans ce pays à 19 ans, avec très peu d'argent, cela a été un voyage très intense, initiatique par bien des côtés.
Je n'ai pas réussi à vendre mes images qui n'ont été publiées que bien plus tard. J'ai eu la confirmation alors que le grand reportage quand tu n'es pas riche c'est compliqué ... J'ai donc passé un an au studio de Jeanloup Sieff et j'ai ensuite collaboré assez régulièrement avec le magazine Parents, fait des piges pour différents magazines, et un peu de travail d'illustration pour des éditeurs. J'assumais ces commandes, par exemple de faire des photos d'enfants en studio ou des sujets "un peu mis en scène", mais j'ai eu confirmation que le vrai photo-journalisme, celui dont je rêvais était bien mort. Mais je le savais en commençant ...

Jeanloup Sieff était un bon copain de mon père et venais parfois à la maison.
Je lui ai montré mes premières images, des paysages et du reportage en Noir et blanc, les images d'Ecosse, le "Métro" et une série que je faisais sur le petit village ou nous habitions.
Il m'a d'abord proposé de venir tirer mon book dans son labo quand il était disponible.
Plus tard il m'a proposé de remplacer son assistant parti en vacance pour un moi, je suis resté un an ...
(Avec l'accord de Nicky, l'assistant, qui est resté un de mes meilleurs amis ...)
Jean Loup Sieff qui a été toute sa vie d'un grand soutien pour moi, et par la suite j'ai continué à l'accompagner sur des voyages de temps à autre. Grâce à lui j'ai appris à "faire des choses pour moi" à travers les commandes, parfois très éloignées de mon "idéal photographique".

Your work as the official photographer for Apple France in the mid-90s put you in a unique position to assess the potential of QTVR and get involved from the very beginning; what were your thoughts and views on the technology at that time?

J'ai commencé par acheter un "Mac 128" fin 1984 pour faire mes dossiers de sponsoring.
Après la voile, mon année de recherche de sponsor se terminant, j'avais alors un projet lié aux nouvelles technologies, informatique et télématique, qui n'avançait pas pour être franc, mais qui m'a permis de rencontrer l'attachée de presse d'Apple. A la fin de notre rendez-vous elle m'a demandé si par hasard je connaissais un photographe de portrait et de reportage, capable de remplacer un célèbre photographe de Magnum (S. Salgado pour ne pas le citer) qui avait déjà travaillé pour eux, mais qui n'était pas disponible. Je lui ai répondu "moi" sans hésiter, j'avais mon book dans la voiture, elle m'a donné son ok 48h00 plus tard ... Mes photos ont bien plu et j'ai ainsi travaillé plus de 12 ans pour Apple comme photographe "préféré", tout en restant free-lance, faisant bientôt pour eux en plus des portraits, les reportages sur les événements, souvent grandioses, et les photos des nouveaux produits pour la presse et les publications. Les gens d'Apple me faisaient confiance et j'avais beaucoup de liberté, c'était une collaboration agréable, mais il fallait pouvoir réagir très vite.

Paradoxalement c'est moi qui poussait auprès d'Apple pour l'utilisation des nouvelles technologies de la photo dans le quotidien de leur besoins. Par exemple, j'ai toujours géré les archives chez moi, il n'y a jamais eu moyen de mettre en place une vrai photothèque numérique par exemple. Dès que la puissance des machines l'a permis, j'ai préparé des diaporamas numériques des reportages et je montais de mini bases d'images. Comme nous étions très réactifs, nous arrivions a réaliser les photos des nouveaux produits très vite et cela partait parfois dans toute l'Europe, nous étions prêts avant Apple US bien souvent ...

Ten years later, has QTVR photography met the expectations you had for it in 1995 ?

QuickTime
La vrai révolution est arrivée avec QuickTime, et c'est vrai que là j'étais bien placé, tous mes copains d'Apple au développement ou New Medias étaient très enthousiastes de ces nouveautés qu' ils ont partagées avec moi très vite. "The Virtual Museum" a jeté le pavé dans la marre, QuickTime VR arrivait. C'était très exitant. Cela rejoignait mes préoccupations du moment, sortir l'image unique, aussi bien dans le temps que dans l'espace, (mais sans aller vers la vidéo).

La Grange numérique
C'est à ce moment que j'ai acheté la ferme que l'on habite actuellement et rebaptisée la Grange Numérique, nom du grand studio construit dans la grange. Démarrait alors une nouvelle période critique, ma principale interlocutrice chez Apple m'avait prévenu depuis quelques mois que Apple US allait reprendre les lancements de produits à leur compte et limiter la marge de manoeuvre d'Apple France en terme de communication, donc comprendre "il n'y aura pratiquement plus rien pour toi l'année prochaine" ... Ma collaboration s'est terminé peu de temps après que j'ai produit et réalisé, seul avec un ami ingénieur du son, le CD des "10 ans de Macintosh".

J'augmentais mes charges et mes revenus allaient diminuer considérablement, mais j'allais créer l'outil dont je rêvais alors, un grand studio. C'était une période très "excitante", avec les joies de la rénovation à budget réduit pour la grange, avec les galères de suivi de chantier ou l'on est certain qu'il y aura une erreur par jour (si les ouvriers sont venus ...)

QuickTime VR
Au début impossible d'avoir les outils de développement, la fameuse "QTVR Authoring suite", ils n'arrivaient pas des US.
Comme il me démangeait d'essayer et que je devais aller à Cannes faire des photos pour Apple au Milia, je ne me suis pas démonté, j'ai appelé mon ami Bernard Denevi de Nikon, qui m'a prêté un Nikon E2, et j'ai fait dans l'exposition des panoramiques en numérique, que j'ai fait calculer par les Gourous de QTVR qui étaient présents, et qui n'arrêtaient pas de me dire que cela n'allait pas marcher car je n'avais pas respecté les règles, que j'avais utilisé un zoom, que les images étaient trop grandes, etc ... Ils ont finalement réussi à calculer les panoramiques, qui n'étaient pas parfaits, (je n'avais pas respecté le point nodal, je ne savais même pas ce que c'était ... ) mais cela avait fonctionné !

J'ai ensuite fait le siège de la société de formation qui disposait d'un des premiers Kit de développement en France, et là le choc a été rude: Scripts à écrire dans MPW, temps de calculs interminables, plantages à répétition, un des gars a été d'une patience d'ange, et m'a mis sur la voie en un après midi .... (Ceux qui n'ont pas connu le stitching sous MPW avec 32 Mo de ram dans un Quadra ne peuvent pas comprendre.)

J'ai passé une bonne partie de l'été à préparer la visite virtuelle d'Apple Expo 95 que l'on avait programmé avec Brieuc Segalen, alors chez Apple, (Briq maintenant) et les gars du Lab. Il y avait tout à faire, presque tout à découvrir, et seulement un ou deux exemples de réalisations complètes, si je me souviens bien, The company Store d'Apple et USS Entreprise Interactive Manual, un monument, réalisé aussi par Apple. Il me fallait me perfectionner sur tous les aspects de la prise de vues, découvrir le fonctionnement de la pile Hypercard pour la mise en place des hotspots, inventer la machine pour faire les objets QTVR, dessiner et essayer des équerres pour respecter le point nodal ... Je débarquais sur une île déserte, c'était génial. On a réussi à faire la visite d'Apple expo, en temps réel, comme prévu, le CD a été gravé dans la semaine suivante et diffusé ensuite avec SVM Mac, un travail de cinglés, mais c'était la première grosse réalisation QTVR française. Les commandes n'ont pas tardé à suivre, j'allais pouvoir payer les factures de la construction du studio ...

J'ai fait alors une agréable découverte, par le biais des technologies dans lesquelles j'étais un pionnier, j'ai pu sortir du "circuit de l'achat d'art" des agences de pub, et cela m'a permis de travailler en direct pour des clients ou les premières agences web et multimedia. Il m'arrivait alors faire dans la même semaine des bijoux, de la mode, de l'industriel, en QTVR, sans l' a priori habituel qui force souvent le photographe à se spécialiser.

Panotools & Helmut Dersch
Paradoxalement Apple s'est assez vite détourné de son bébé, QTVR, et il ne s'est rien passé après l'excellent "QuickTime VR Authoring Studio".
On a ensuite longtemps attendu l'arrivée de QuickTime 5 qui devait pouvoir lire les panoramiques sphériques. Il y a eu alors une autre révolution, et de taille, avec l'arrivée d'Helmut Dersch qui a révolutionné le "paysage du panoramique" (...), avec les librairies Panotools permettant la réalisation de panoramiques sphériques, et avec en plus un gain en qualité énorme sur le plan du stitching.

Comme il n'y avait pas d'alternative, il a fallu "remettre les mains dans le cambouis", recommencer à écrire des scripts, découvrir les différentes projections. Ce fut la galère et l'excitation. Au début une cinquantaine de personne de tous les coins du monde échangeaient sur internet 24h00 sur 24, en testant les programmes que le professeur allemand développait et corrigeait, au jour le jour, à une vitesse folle. Une belle leçon du potentiel d'internet. C'était une autre île déserte à découvrir ...

Peu de gens mesurent l'importance de l'apport d'Helmut Dersch, surtout si l'on réalise qu'après les outils de création il a aussi réalisé avec les applet PTviewer des outils de visualisation, en alternative à QuickTime, qui permettent de réaliser des visites virtuelles interactives ultra-performantes.

De belles commandes
En même temps que tout ce travail de recherche j'ai eu à réaliser un certain nombre de commandes importantes tant en panoramique qu'en QTVR Objet, c'était passionnant, et j'en ai vécu, c'était donc une bonne période:
Visite virtuelle du TechnoCentre Renault
State of the Art project in Habsburg
Renault, toutes les voitures en panoramique intérieur, les extérieurs en QTVR Objet et tous les moteurs en QTVR Objet.
Renault F1, 2 Visite virtuelle des usines d'Enstone et Viry Chatillon
La Tour Eiffel
Airbus
Toute le Flotte des voiliers VPM en Martinique
Saad Specialist Hospital en Arabie Saoudite
Etc ..

Ten years later, now ...

Post-production
Les logiciels eux s'améliorent mais quand on a posé des standards de qualité on en est un peu prisonnier, et donc je passe autant de temps voir plus qu'avant en post-production ... Je travaille avec des fichiers très nombreux, énormes, les temps de calculs restent longs tellement les fichiers sont gros, les sauvegardes sont devenues une punition. J'ai plus de 1000 gigas de disques durs sur mon bureau et chaque job représente plusieurs DVD de back-up. Dans le temps j'avais des cartes PCMCIA de 16 Mégas que je mettais plus de temps à remplir que je n'en mets maintenant pour une carte compact Flash de 2 gigas avec le D2X et des fichiers Raw ... J'avais bien fait d'acheter le G5 avant le D2X, car de toutes façons, il devenait incontournable ...

Le marché
On voit souvent des réalisations qui ne sont pas dignes des marque de prestige qui les ont commandées ... Je crois qu'il y a aussi un décalage entre les réalisations de démo que l'on voit sur le web et les réalisations réellement commandées.

Je rejoins Scott Highton sur le fait qu'un photographe ne dois pas brader son travail ni ses droits d'auteur. Je fais un travail de précision, de qualité, et il faut que je le vende, dans tous les sens du terme ... Il y a aussi une telle différence entre mon travail et les panoramiques des visites virtuelles commerciales courantes, qu'il faudrait que je trouve d'autres qualificatifs. Je pense que les clients ont parfois du mal à faire la différence, et c'est notre devoir de les aider, ou qu'ils ne veulent pas forcément dépasser le stade de "la qualité suffisante, pour un prix minimum, pour ne pas avoir d'ennuis avec le patron ..."

Professionnalisme
En plus de la créativité ou de la qualité de votre travail photographique, la pertinence de votre réponse à la demande, parfois non formulée, du client, fait partie de la prestation et du résultat. Cela va du choix du jour et de l'heure, au cadrage, en passant par la façon de diriger les figurants ou de modifier la disposition des meubles dans une pièce, tout ce que vous savez par expérience... C'est aussi pour cela que l'on fait appel à un professionnel.

Photographe indépendant (et solitaire) et nouvelles technologies
Je suis mitigé sur l'avenir de la "formule", auparavant on pouvait apprendre a se servir d'un appareil, développer un oeil et une sensibilité et s'en servir une vie entière. Maintenant il y a une nouvelle version de Photoshop tous les ans, sans parler des différents Os, des réseaux, du Wifi, du traitement des fichiers Raw, de la gestion de la couleur, des drivers d'impression... Les photographes numériques en 2006 ne doivent pas faire le bonheur des patrons de boîte de nuit, ils ont souvent des notices ou des livres en anglais à lire le soir ...

Et je ne parle même pas des technologies annexes, html, java, Flash, etc qu'il est bon de connaître pour avoir une valeur de conseil auprès de ses clients et partenaires. Il a été possible d'être un "homme orchestre" pendant un moment, mais plus maintenant je crois, c'est devenu trop complexe.
Je ne sais pas si la constitution de mini-équipes ne va pas devenir un passage obligé, pour pouvoir garder un niveau de spécialisation important, partager des efforts de communication et faire un minimum de veille technologique sans y passer ses nuits. Mais cela posera la barre plus haut en terme de chiffre d'affaire évidemment.

Soyons honnête, après tant d'heures à explorer les différents aspects de la technique pour améliorer la qualité et les procédés, savoir maîtriser les panoramiques sphériques en très haute résolution, les panoramiques animés, voir même les panoramiques en stéréo, je pense que la technologie est maintenant assez mure et suffisante pour faire de belles choses, en grand. Je m'intéresse toujours à la recherche mais j'aimerai passer plus de temps sur du vrai contenu.

You also created D-Day Spots: A Virtual Visit of D-Day Overlord sites, which contains over 40 panoramas of significant sites of the Normandy invasion.  What motivated you to create this website (do you have a personal interest in the invasion, etc.)?  I imagine a lot of the site’s visitors are WWII veterans (the Internet savvy ones anyway), what kind of feedback have you received from them?

Dday spots est un retour sur le "contenu". Je l'ai fait pour moi, pour contribuer au souvenir de ceux qui on laissé leur peau pour la liberté.
C'était une démarche sans objet commercial. Quelques journées de préparation à me documenter sur internet et ensuite réalisation des panoramiques sphériques en 2 jours, faits rapidement au monopod. Le plus long a été la post-production.

Trimaran qui est un partenaire de longue date a accepté de participer et de faire le site gratuitement aussi. On a eu de vrais bons retours, surtout des USA, et quelques universitaires français, des tas de mails sympathiques. Mais, de tous les organismes officiels français que l'on a contacté ensuite pour développer le projet, on a eu une seule réponse, négative. J'aimerai bien le continuer, mais j'y ai déjà consacré plus de 3 semaines, je ne peux pas travailler indéfiniment sur un projet qui ne contribue pas un peu à faire bouillir la marmite.

Want to take a stab at predicting where QTVR photography will be ten years from now ? 
Les facteurs clefs seront peut-être prospérité économique et développement de la bande passante. Cela rejoint aussi l'avenir de la photographie en général: Si vous dépendez des clients pour survivre, vous espérez qu'ils seront sensibles, et cultivés, assez intelligents pour vous choisir, suffisamment riches pour vous donner les moyens de vous exprimer, et avec assez d'humour pour supporter un casse pieds qui ne va rien lâcher sur le plan de qualité.
L'engouement de la vision 360° ne durera pas infiniment si l'on n'ajoute pas une dimension humaine, si l'on ne travaille pas sur des vrais sujets, et si l'on s'accommode de résultats médiocres.

What developments would you like to see occur ?
Je ne sais pas trop. Il y a des choses nouvelles tous les jours, comme la liaison directe avec la carthographie, Google Earth par exemple, qui offrent de nouvelles ouvertures.
Je suis assez confiant sur le fait que la technique va se développer dans le sens de faciliter la production, que le débit sur internet permettra d'offrir de la haute résolution, mais quand à la qualité du contenu, quelles seront les mentalités dans 10 ans ?

J'ai le sentiment que le QTVR objet n'a pas encore réellement démarré, en partie à cause des poids de fichiers sur internet, mais avec l'ADSL cela devrait changer. J'ai fait beaucoup de choses à l'époque du CD-Rom, mais peu de choses, proportionnellement, depuis qu' Internet a pris le dessus.

Les appareils photos numériques ont fait d'énormes progrès, mais quand ils auront la bande passante du négatif couleur, cela facilitera un peu le travail. Nous souffrons tous de la bataille des standards technologiques qui freinent aussi nos marchés, on pourrait rêver que QuickTime soit fourni avec les PCs par exemple ...

You’ve done some work with sprites – can you explain what these are and how they can enhance a panorama ?

Les sprites sont en fait des commandes de programmation interne dans QuickTime pour ajouter de l'interactivité aux panoramiques par exemple, qui permet de communiquer aussi avec des éléments externes, un autre movie, un navigateur web, un serveur, etc ..
Les sprites sont assez peu utilisés malheureusement, et surtout il y a peu de demande de la part des clients qui souvent préfèrent utiliser des technologies qu'ils maîtrisent comme Flash, dans laquelle ils importent éventuellement du QuickTime.

Il a 2 types de programmes pour en créer, des programmes simples qui permettent d'ajouter des sprites simples "ready to use" comme Cubic Connector de ClickHereDesign ou DeliVRator de VRTools pour ajouter une rotation automatique par exemple, et des programmes très puissants comme VRHotwires de Bill Meikle ou LiveStagePro de Totally Hip. VRhotwires permet de faire des actions simples, ajouter du son, gérer une rotation complexe, et des choses incroyables comme par exemple les panoramiques animés. Avec LiveStage Pro vous pouvez construire une application complète.

Mais il faut aussi citer des outils peu connus en France comme Ishell de Tribeworks, digne successeur d'AppleMediaTool des mêmes auteurs, et qui permet d'intégrer et de piloter très facilement du contenu QuickTime.

A few years ago you created an extensive virtual tour of the Eiffel Tower,  Can you tell us a little about this project and how it came about?  Were there any special considerations or unexpected challenges with the shoot ?

La Tour Eiffel est un client de la socitété Trimaran, pour laquelle j'avais déjà travaillé. La visite virtuelle de la Tour n'est pas venue simplement, il y a d'abord eu une petite commande de quelques panoramiques des espaces commerciaux, et 2 ans plus tard il ont souhaité développer la visite sur la base de propositions que j'avais faites.

Personnellement j'étais techniquement prêt pour une visite virtuelle de haute qualité en panoramiques sphériques. Les outils de post-production n'étaient pas aussi commodes que maintenant, mais j'avais appris, et pour la prise de vues il n'y avait que des problèmes techniques connus à résoudre, différence de lumière, foule, heure de shooting, autorisation d'accès à certains lieux...

Mais il y avait les paramètres commerciaux habituels, nombre de panoramiques limité par le budget, les choix techniques pour lesquels il a fallu convaincre tout le monde, surtout le bien fondé d'avoir plusieurs résolutions (3) notamment la version Fullscreen en QuickTime VR que je voulais faire et la version Java avec l'Applet PTviewer. A l'époque il y avait peu de panoramiques plein écran, l'ADSL n'était pas encore très répandu, et il fallait garder des alternatives bas débit.

Un an ou deux plus tard nous avons réalisé une troisième application, "Paris vu de la Tour", basé sur 4 panoramiques de tout Paris en très très haute résolution. C'est une réalisation intéressante et j'ai fait ensuite une image "en principe impossible" en réunissant les 4 panoramiques.

I understand that you’ve sailed/raced across the Atlantic many times, and have shot some panos while on board – can you elaborate on this passion ?

Mon père était rédacteur en chef d'une revue nautique et coureur. J'ai du embarquer les premières fois vers l'âge de six ans. Je l'ai ensuite aidé à préparer ses bateaux pour les courses et je faisais parti à 12 ans de l'équipage victorieux de la semaine de Marseille sur le ketch de 17 mètres Raph.
Plus tard je l'ai aidé aussi sur le trimaran avec lequel nous avons chaviré entre les Bermudes et New-York, et ensuite passé 9 jours à la dérive. Quelques mois plus tard nous avons participé avec mon père à une course transatlantique en double.

La course à la voile et un domaine passionnant car elle touche à tout, à la nature, au relationnel humain, à la technologie, la communication, les médias, elle permet aussi la solitude comme la pire des promiscuité, chacun peut y trouver son compte ...

C'est à cette période (1979) que j'ai basculé dans la course au large à la voile, participant à de nombreuses courses transatlantique de 1980 à 1984. Une grande aventure ! Il était possible de prendre le départ d'une course avec un bateau qui n'avait pas de chance de gagner, le challenge de finir la course pouvait suffire. Mais il fallait être un homme orchestre, nous passions plus de temps en chantier que sur l'eau, beaucoup plus ... J'ai eu ensuite la chance de pouvoir faire, entre autre, 2 courses transatlantiques en solitaire, et une course du Figaro en solitaire aussi. La course en solitaire c'est ce que je préfère, mais les équipages "commando" de 3 personnes sont sympas aussi.

L'absence de sponsors m'a finalement obligé à remettre mon sac à terre fin 1984, je m'étais donné un an pour retrouver un financement, et en l'absence de celui-ci j'ai recommencé la photo fin 1985. J'ai eu la chance de faire ma dernière course avec Eric Tabarly en 1987, Lorient-StPierre et Miquelon, nous avons gagné le retour.

J'ai gardé le contact avec la mer, j'ai toujours un voilier essaie de naviguer autant que le planning le permet ...

Whose panoramic work do you admire, and why?

Question très embarrassante ...
Je ne connais pas tous les photographes qui font des panoramiques, et personnellement aucun, donc je ne pourrais pas parler de leur travail globalement. Ce qui est certain c'est qu'il y a un tas de gars et de filles sur la planète qui ont fait au moins un superbe panoramique, soit pour l'instant, soit pour la magie du lieu, soit pour la virtuosité technique, cela va donc être difficile de les citer tous, et même si j'aime une image elle n'est pas forcément représentative de leur travail de tous les jours.

Dans les pionniers, on peut citer Andrew Nemeth, qui a été un des premiers a faire du panoramique "grand angle" (avant le sphérique) , avec un vrai soucis de qualité d'image, et un vrai travail sur le son. Il y a Peter Murphy aussi, Philo, Eric Goetze, Ken Turkovsky, and many others ...

Dans les choses récentes et spectaculaires j'aime bien aussi le travail aérien de Romuald Vareuse sur l'Ile de la Réunion. Ignacio Ferrando a fait un panoramique très bluffant d'un cycliste en train de rouler, et de beaux panoramiques accroché à une paroi en montagne. Il faut aussi parler des panoramiques "live" de Jook Leung et d'autres.

Enfin le mieux pour cela est d'aller sur le site de Hans Nyberg, qui en plus de faire de superbes panoramiques lui-même et de monter de beaux panoramiques des missions Apollo, a vraiment contribué à l'explosion du panoramique plein écran à travers son site www.panoramas.dk ou l'on peut retrouver un grand nombre de travaux superbes. Et ne pas oublier ceux publiés sur vrway.com évidemment ...

Projects:
J'aimerai consacrer plus de temps à ma production personnelle, continuer le travail de paysage commencé au Maroc, en Islande et en Irlande par exemple, et à d'autres idées que je maintiens en stand-by depuis trop longtemps, livres and expositions ...


Equipment:
Studio 10x15 meters –D2x, D70, F100_ Objectifs: 8,10,5 ,16, 20, 35, 70
Custom rigs for panoramas. Machine for VR Objects

Software:
PTMac and PTgui, Stitcher. Photoshop CS2. NikonCapture. Adobe Camera Raw. CubicConverter, CubicConnector, VRHotwires, DeliVRator, Anabuilder...